DISCOURS DE
SA SAINTETE LE SANGHARAJAH BOUR KRY
SUPREME PATRIARCHE DE L'ORDRE DHAMMAYUTTA
DU CAMBODGE (Bangkok, 2000)


LES FONDEMENTS DE l'ENSEIGNEMENT DU BOUDDHA

 

Vos Saintetés,
Très Vénérables, Vénérables,
Excellences,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,


C'est pour moi un privilège et un plaisir tout particulier de m'adresser à cette prestigieuse assemblée car vous êtes tous réunis ici, à l'aube du nouveau millénaire, pour accomplir la tâche la plus importante qui puisse incomber à des éminents chefs religieux, leaders et érudits savants pour faire mieux connaître l'Enseignement de notre Seigneur Bouddha à des jeunes générations.

La naissance d'un Bouddha procure le Bonheur
La Transmission du Dhamma procure le Bonheur
L'Unité harmonieuse de la Sangha procure le Bonheur

Parce que les enseignements du Bouddha ont une base issue de la simple constatation des faits réels de tous les jours, il conserve toute son actualité. L'un des fondements principaux de l'enseignement du Bouddha est l'exemple qu'Il peut représenter pour tous. Ce qui fait son exception est les conclusions qu'il en a déduites par la pratique. La pratique bouddhiste consiste en l'observation approfondie des choses telles qu'elles sont, la réflexion à partir de l'expérience personnelle et non l'accumulation des définitions ou d'idées à propos des choses. Cette pratique devrait contribuer à l'émergence prochaine d'un nouvel homme qui serait l'expression des enseignements du Bouddha. Ce serait un homme qui s'attachera à mettre en avant la primauté de la Vérité. Ce seraient d'abord des serviteurs de la Vérité. On pourrait alors parler de nouvel esprit, de nouvelle pensée. Cette nouvelle pensée n'est pas une autre pensée différente du Bouddhisme, c'est le bouddhisme lui-même mais que chaque homme sur cette terre aura intégrer dans son esprit comme la façon la meilleure pour vivre heureux. Faire de telle sorte que les hommes prennent conscience que c'est l'attitude de penser du Bouddhisme qui est juste, c'est peut-être sur cette question que doit déboûcher notre réflexion sur les fondements de l'enseignement de notre Maître.

Vos Saintetés,
Très Vénérables, Vénérables,
Excellences,


Les fondements de l'enseignement du Bouddha tirent leur essence de l'expérience de sa vie et uniquement cela. Pour rendre le monde meilleur et l'homme meilleur, il faut montrer que l'exemple du Bouddha et de ses paroles comme éducation de vie peuvent être suivi et acquis par toute personne au delà des différences. Le fait de pratiquer son enseignement consciemment ou inconsciemment fait de vous un bouddhiste même si vous n'accepez pas de vous considérer bouddhiste. La vie du Bouddha doit être pris comme un exemple à suivre par les jeunes générations. Mais, pour que cette nouvelle génération accède sans difficulté à cet enseignement, il est nécessaire d'expliquer davantage encore les notions fondamentales. La qualité première de l'enseignement du Maître est de se préoccuper des difficultés qu'éprouvent l'être humain à évoluer dans son environnement de jours en jours et de mois en mois. S'attacher à montrer que Bouddha est un homme comme les autres mais avec cette sagesse qu'il a su acquérir en cultivant et en développant une partie des qualités qu'il possédait déjà, c'est cela l'essentiel qu'il faut que nous tous ici présent, nous nous devons de nous concentrer. Beaucoup de personnes doivent comprendre que eux aussi peuvent parvenir aux mêmes résultats que le grand Maître. La vie de notre Maître est exemplaire à double titre car par la conduite de sa personne, il montre le chemin et par le rejet de sa même personne, il révèle au grand jour les faiblesses des hommes qui leur amènent en même temps les souffrances. Cependant,même pour un homme mauvais qui essaie de le rejeter, il est toujours possible pour cet homme de revenir dans le droit chemin en écoutant les paroles du Bienheureux. C'est ce qui fut le cas dans le Vasala-Sutta où le brahmane Aggika Bharadvaja le considère comme un paria et l'accueille dans sa maison d'une manière méprisante mais s'attache cependant à écouter ce qu'il a à dire. Et, après l'avoir écouter, le brahmane est illuminé par la justesse des paroles du Maître. De son exemple dans sa conduite, dans ses paroles justes, mesurées et sans excès, il met en lumière la vérité de la condition humaine. C'est cette implaccable force des faits brutes constatés par tous qui donne raison au Bouddha et ouvre les yeux des gens à la vérité.

La parabole de l'étoffe oú il compare l'esprit de l'homme à la couleur d'une étoffe montre l'attachement de son enseignement à la Vérité des faits. En exclamant la phrase suivante:'Que ceux qui ont des yeux voient les formes", le brahmane en question révèle que la vérité de l'enseignement du Bouddha réside également dans le constat des faits. L'étiquette même de Bouddhisme qu'on applique à son enseignement a peu d'importance. Le nom qu'on lui donne ou qu'on donne aux choses ou aux personnes importe assez peu. Le nom n'est pas l'essentiel. Que de meilleure facon de convaincre quelqu'un que de lui faire ressentir quelque chose par l'intermédiaire de ses sensations physiologiques. N'a-t-il pas dit: "Qu'y a-t-il dans un nom? Ce que nous appelons une rose, sous un autre nom sentirait aussi bon". Il n'y a que la vérité ressentit par notre corps et notre cerveau qui peut dire à un homme si telles paroles dit par un autre homme peuvent être acceptées par lui-même. La Vérité n'est ni bouddhiste, ni d'une autre religion. L'esssentiel est de voir et de comprendre par les sens et l'intelligence que nous a dotés la nature. D'ailleurs, l'homme ne comprend son congénère que lorsqu'il vit une même expérience. L'intolérance, l'irrespect et le rejet viennent souvent que la vérité des sentiments humains,les qualités et les défauts percus diffèrent selon qu'on soit d'une autre religion ou d'une autre race. La tristesse d'une personne reste la tristesse car ce que ressent un être humain n'est pas une illusion, c'est un vécu. Le bouddhisme n'est nullement basé sur la foi mais sur le ehi-passika, sur un "venir voir" et non pas un venir croire. D'ailleurs, les textes bouddhistes formulent cette manière de se comporter et de percevoir la notion de vérité dans le bouddhisme en écrivant: "Ainsi, avec un sagesse juste, il voit cela comme cela est". Il faut que nous montrions que le fondement de l'enseignement du Bouddha encourage la notion de découverte par soi-même; de voir par la connaissance et non de croire les rumeurs et les préjugés issus de la société. En ce sens, le bouddhisme favorise l'éducation et l'acquisition d'un savoir. Le Bouddha ne veut surtout pas que l'on croit aveuglément son enseignement si on n'en est pas convaincu. Il met en garde ainsi contre toute forme d'idéologies, d'orthodoxie ou de pensée unique. Il prévient les hommes contre toute pensée qui se résume de cette manière: "Ceci seul est la Vérité et tout le reste est faux". Par le respect de l'existence d'autres vérités, il enseigne ainsi la tolérance.


Vos Saintetés,
Très Vénérables, Vénérables,
Excellences,


Mais, pour parvenir à cette conclusion d'une force implacable, il lui a fallu cultivé très souvent la patience de jours en jours; la patience de se découvrir soi-même et de découvrir les autres, la patience de puiser la force en soi pour affronter la vérité du nombre et la patience de donner du temps au temps. En effet, tous l'enseignement du Maître ne s'est pas révélé à Lui d'un seul coup lors d'une seule rencontre avec tel ou tel personnage. Les fondements de cet enseignement ont été établis en 7 étapes correspondants à la rencontre de personnes ou de groupes de personnages. Il y a eu ainsi d'abord le Dhammacakkappavattana Sutta au cours duquel il acquiert ses 5 premiers disciples et met en place les 4 nobles Vérités et la Voie du Milieu. Ensuite, l'Anattalakkhana Sutta définit que toute chose a une naissance et une disparition. La troisième étape est l'Anupubbhikatha destiné aux laics mettant en place les pratiques des dons et des préceptes, le fruit des mérites et les méfaits des karmas. La quatrième étape est l'Adbittapariyaya qui met en évidence les 6 sphères intérieurs et extérieurs qui sont des feux qui nous consument. La cinquième étape est un Discours donné par son disciple droit Sariputta qui diffuse un enseignement du Maître disant que tous les Dhama proviennent d'une cause et que cette cause peut être détruite. L'avant-dernière étape est la révélation de la quintessence de l'enseignement. Enfin, la septième et dernière étape est le Ti Sikkha mettant en place la base de la connaissance à savoir pour les religieux. Il est inutile ici que je détaille cet enseignement Je le mets en évidence pour montrer que l'établissement de cet enseignement s'est fondé sur plusieurs années de patience s'étalant sur toute une vie. C'est vrai aussi lorsqu'Il préconise explicitement la patience à Upali. Le Bienheureux ne dit-il pas que la meilleure des pratiques ascétiques est la patience. Il place cette vertu au dessus des autres et lui-même le pratique constamment. Cette patience a amené d'autres vertus notamment d'avoir une confiance solide malgré les agressions extérieures. C'est en montrant, au dela de ce que dit le Bouddha dans son enseignement, le trait caractéristique du processus d'établissement de cet enseignement, la patience, qu'on contribuera à ouvrir les yeux des hommes quelque soi leurs origines.

Les bouddhistes peuvent contribuer à l'émergence d'un nouvel homme, d'un nouvel esprit transcendant les clivages aussi bien au sein des différents ordres du bouddhisme qu'entre les différentes religions, ethnies ou cultures. Il ne suffit pas de dire qu'on respecte l'être humain. Il faut mettre enpratique ce respect. Il est souvent facile de se contenter de ramasser le fruit de la sagesse qu'a semé le Bienheureux. Les jeunes générations doivent intégrer le fait que ce qu'il y a de plus dur est d'affronter sa propre personne dans ses défauts comme dans ses qualités. Pour affronter les épreuves qui attendaient le Bouddha, les textes bouddhiques disent qu'il est '...passé au delà du doute, il est sans incertitude". C'est grâce à cette absence de doute et d'incertitudes que le Bouddha a pu supporter les méchanceté des hommes et d'acquérir un nouvel esprit. Pour cela, l'un des fondements de cette acquisition de certitudes relève de la conviction entière et ferme qu'une chose est. En acquérant un nouvel esprit, le Bienheureux s'exposait à l'incompréhension des autres qui préfèrent le confort des idées et des coutumes déjà bien établis. Avoir un esprit ou des idées différents est déjà un engagement à résister à l'agression psychologique des autres. C'est aussi un engagement à lutter contre soi-même; à lutter contre la tentation irrésistible de ne plus savoir ce qu'on est car les autres essaient de mettre le doute dans ce que vous voulez exprimer; ce que votre être veut dire et s'épanouir. Pour rester dans le chemin que vous avez choisi, il nous faut discipliner et diriger notre esprit. Il faudra faire comprendre aux jeunes générations que maîtriser l'esprit n'est qu'un commencement pour avoir un esprit nouvel. Il leur faut acquérir ce que le Bienheureux formule très clairement: "Celui dont l'esprit n'est pas agité ni troublé par le désir, celui qui est au delà du bien et du mal, cet homme éveillé ne connaît pas la crainte". Cet nouvel esprit engendrant ce nouvel homme, c'est l'esprit et l'homme qui va au delà du bien et du mal; qui reste neutre de tout jugement ou de tout avis excessif. Ce sera un homme normal qui n'exprimera sa raison et son intelligence que par rapport au constat quotidien de la réalité et non à la pensée ou à l'idéologie du moment.


Vos Saintetés,
Très Vénérables, Vénérables,
Excellences,


Si nous voulons faire tomber les barrières de l'intolérance et du sectarisme primaire, il nous faut nous regarder nous-même en baissant les barrières qui existent chez nous. Comme disait l'Empereur Asoka: "On ne devrait pas honorer seulement sa propre religion et condamner les religions des autres, mais on devrait honorer les religions des autres pour cette raison-ci ou pour cette raison-là. En agissant ainsi on aide à grandir sa propre religion et on rend aussi service à celle des autres...". Ainsi, si on n'applique pas le principal fondement de l'enseignement du Maître à nous- mêmes et si on ne le pratique pas du tout, il n'y a aucune raison que les jeunes suivent cet enseignement puisque nous-mêmes, nous ne le suivons pas. Les autres religions n'auront aucune raison non plus de nous respecter. Par ailleurs, nos paroles sur cet enseignement seront vide de sens . Il faut que nous sachions écouter et ne pas critiquer. C'est le respect des autres que le Maitre nous a transmis. A nous maintenant de jouer notre rôle pour transmettre ce savoir aux autres y compris des autres religions. C'est en faisant attention à ce que l'exclusion et l'intolérance ne pénètre pas dans notre maison bouddhiste qu'ensuite l'amour s'installera tout naturellement dans le coeur des bouddhistes et des autres. Comme le Bouddha avant nous, le Bouddhisme doit montrer l'exemple aussi bien dans ses différentes ordres qu'au sein de son clergé ainsi que parmi ses pratiquants Si nous voulons que le XXIème siècle soit le siècle où un nouvel homme apparaîtra et un nouvel esprit soufflera, le bouddhisme ne doit pas rester en retrait. Par sa pensée sans entraves et sans préjugés, il se doit d'être dans les premiers rôles parce que dans ses fondements, il porte l'essentiel pour faire apparaître ce nouvel homme et ce nouvel esprit.

Je vous remercie de votre attention.