DISCOURS DE
SA SAINTETE LE SANGHARAJAH BOUR KRY
SUPREME PATRIARCHE DE L'ORDRE DHAMMAYUTTA
DU CAMBODGE (Japon, 1998)


Buddham Saranam Gacchami
Dhammam Saranam Gacchami
Sangham Saranam Gacchami


Vos Saintetés,
Très Vénérables, Vénérables,
Excellences,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,


Le Bouddhisme, ou dois-je dire l'Enseignement du Bouddha pour être précis, est le refuge de tous les hommes et des êtres vivants de la terre. En cela, il est le foyer de la tolérance et de la paix. Et dans ce foyer, plus le feu de la sagesse sera suffisamment entretenu, plus il y aura de possibilités de réchauffer des curs. Aussi, si j'ose me permettre d'exprimer un souhait, ce serait que cette illustre assemblée devant laquelle j'ai l'immense honneur de me retrouver actuellement contribuera par ses paroles et ses dialogues à alimenter davantage ce feu. C'est pour cet espoir infini que je tiens à adresser mes remerciements appuyés aux organisateurs de m'avoir donné le privilège de participer à cette prestigieuse conférence, me permettant ainsi de contribuer avec vous à attiser dans le monde le feu de la sagesse.

Ce feu, ce refuge, cette maison qu'est l'Enseignement de notre Maître vénéré n'est pas un lieu de prosélytisme ni de contrainte. C'est un lieu d'accueil tout ouvert sur la sensibilité spirituelle de chacun. Malgré tout, l'angoisse de la perte de sens dans un monde matérialiste rend la maison bouddhiste trop étroite et son feu insuffisamment nourri. Contraint et forcé, le Bouddhisme doit faire face à son rôle et à ses responsabilités afin de pallier les dérives de l'éthique individuelle et collective du monde moderne. Les appels d'esprits blessés se font de plus en plus nombreux, plus aigus. Nous devons non seulement les écouter mais aussi élargir notre écoute spirituelle traditionnelle pour pouvoir les accueillir pleinement dans notre maison. Les bouleversements technologiques amènent des bouleversements socioculturels et ensuite économiques. Se contenter de dire que le monde traverse une crise n'est pas suffisant. La société humaine est faite pour engendrer des systèmes. Pour rendre ces systèmes et par conséquent la société plus spirituelle, il faut changer l'Homme; il faut désarmer l'esprit de l'Homme.

Notre Maître vénéré nous a dit avec insistance, que " quand l'esprit est contrôlé, il doit être comme la pierre des quatre orients : bien que cette pierre demeure au milieu de la cour, la pluie tombe dessus mais ne la détruit pas, le soleil la chauffe mais ne la fait pas fondre, le vent souffle et ne peut le soulever. Un esprit contrôlé ressemble à cette pierre. "

Certes, vous savez aussi bien que moi comme la voie de notre vénéré Maître est difficile à suivre pour une simple personne. Mais, pour que le monde puisse trouver la paix, il faut que nous nous attachions à changer l'être de l'Homme en lui apprenant à dompter son esprit. Il nous faut être proche de l'homme dans sa quotidienneté. Toutes nos études, nos recherches sur le Tipitaka doivent avoir un lien étroit avec des concepts modernes existants mais aussi avec les besoins psychologiques de l'homme car il n'y a pas plus proche de l'être de l'Homme que le Maître et son enseignement.

Le Bienheureux n'a jamais revendiqué une source divine de sa personne. Fils de l'homme, il prêche son enseignement en simple homme sans jamais s'attribuer une origine ou des pouvoirs surnaturels et sans chercher à prouver par des miracles le caractère divin de sa mission. Il ne voulut d'autre rôle que celui de Margadata ( Celui qui indique la voie ) et non celui de Mokshadata ( Celui qui donne la délivrance ). Dans le Mahaparinibbana sutta, il déclare à Ananda que sa religion est basée sur l'expérience et la raison.

Ici, nous, Religieux bouddhistes, nous nous sommes engagés sur la même voie que notre Maître. A nous alors de trouver les moyens de faire percevoir aux simples hommes comment l'enseignement du Bouddha, rationnel, concret et humaniste, peut guérir les maux et amener la plénitude de l'être de l'Homme tout au long de sa quotidienneté. Telle est pour moi la seule voie possible afin de réaliser la paix dans le monde. En termes concrets, il faut sans doute créer des missions bouddhiques et des confréries dont le rôle est d'aider de la manière la plus proche possible chaque homme en détresse sociale et psychologique. Le Sangha bouddhique jouera un rôle essentiel pour la propagation du Bouddhisme. Pour cela, il nous faut un petit nombre de bhikkhu, mais d'un niveau supérieur pour guider, enseigner et servir la population souffrante. Le temps est venu, pour le Bouddhisme, de se faire connaître à ceux qui l'ignorent et peut-être l'attendent. Il appartient aux nations bouddhiques de comprendre que le devoir d'un bouddhiste n'est plus seulement de pratiquer sa religion, mais de la faire connaître et aimer. Les nations doivent se convaincre que faire comprendre le Bouddhisme, c'est rendre service à l'humanité.

Vos Saintetés,
Très Vénérables, Vénérables,
Excellences,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Nous avons, nous Cambodgiens, le privilège d'avoir reçu les lumières du Bouddhisme depuis l'an 309 avant l'ère chrétienne. Malgré cette présence millénaire, beaucoup de travail reste à faire. Pour guider le peuple cambodgien sur les traces de notre vénéré Maître, nous comptons développer autant que possible le réseau des pagodes bouddhiques et en même temps les écoles bouddhiques pour vivifier davantage l'enseignement traditionnel religieux auprès des nouvelles générations. Dans l'optique d'une prise en compte des problèmes sociaux de l'homme, nous tenterons aussi de développer un enseignement religieux lié aux questions modernes de la société. Il s'agit de faire voir au Cambodgien, concrètement, que le Bouddhisme a une utilité et une vertu, capable de résoudre les problèmes humains car le Bouddhisme, si on le veut bien, analyse et démontre les mécanismes du bonheur et de la souffrance. L'homme a besoin de preuves concrètes, qu'il voit de lui-même pour accepter la valeur et les bienfaits de la méditation et de la contemplation. C'est ce travail de proximité d'avec les fidèles que le Clergé bouddhique khmer tentera de faire. Avant, les Cambodgiens venaient au Bouddhisme pour chercher les réponses à leurs problèmes. Il me semble que dorénavant, il faudra aller vers les Cambodgiens ou pénétrer leurs foyers à travers les publications de livres sur la doctrine bouddhiste en vulgarisant les concepts mais aussi aider socialement et psychologiquement les plus démunis.

Pour nous, Cambodgiens, habitants d'un petit pays pauvre, l'enjeu est de faire du Cambodgien d'aujourd'hui un homme conscient des réalités du monde moderne capable de s'y adapter tout en restant aussi pieux. Ce sera un homme conscient de l'équilibre à atteindre entre les progrès technologiques et le bien-être spirituel. Il saura cependant que dans cet équilibre, s'il doit y avoir un déséquilibre, il est préférable que ce soit en faveur du bien-être spirituel. Pour accomplir cette tâche dans le futur, il faudra s'assurer de l'interpénétration des questions laïques par les questions religieuses sans pour autant que cela ne se confonde.

Vos Saintetés,
Très Vénérables, Vénérables,
Excellences,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

La tolérance et la paix dans le monde passe par une présence plus proche des messagers du Bouddha auprès de l'être de l'Homme dans tous les problèmes de sa quotidienneté. C'est la condition essentielle pour former un nouvel homme, humaniste, tolérant et pacifique. Oublions la déclaration des grands mots comme, droits de l'homme, égalité, liberté, fraternité, tolérance ou paix, nous les connaissons, nous nous les représentons.

Etre proche des besoins de l'être de l'Homme, voilà l'essentiel de ce que souhaite l'homme finalement.


Puissent tous les êtres vivre dans la Paix et la Sérénité!
Je vous remercie de votre attention.